vendredi, juin 20, 2014

L'espace d'un éclair


« On a coutume de représenter la poésie comme une dame voilée, langoureuse, étendue sur un nuage. Cette dame a une voix musicale et ne dit que des mensonges.
Maintenant, connaissez-vous la surprise qui consiste à se trouver en face de son propre nom comme s’il appartenait à un autre, à voir, pour ainsi dire, sa forme et  à entendre le bruit de ses syllabes sans l’habitude aveugle et sourde que donne une longue intimité. Le sentiment qu’un fournisseur, par exemple, ne connaît pas un mot qui nous paraît si connu, nous ouvre les yeux, nous débouche les oreilles. Un coup de baguette fait revivre le lieu commun.
Il arrive que le même phénomène se produise pour un objet, un animal. L’espace d’un éclair, nous voyons un chien, un fiacre, une maison pour la première fois. Tout ce qu’ils présentent de spécial, de fou, de ridicule, de beau nous accable. Immédiatement après, l’habitude frotte cette image puissante avec sa gomme. Nous caressons le chien, nous arrêtons le fiacre, nous habitons la maison. Nous ne les voyons plus.
Voilà le rôle de la poésie. Elle dévoile, dans toute la force du terme. Elle montre nues, sous une lumière qui secoue la torpeur, les choses surprenantes qui nous environnent et que nos sens enregistraient machinalement.
Inutile de chercher au loin des objets et des sentiments bizarres pour surprendre le dormeur éveillé. C’est la le système du mauvais poète et ce qui nous vaut l’exotisme.
Il s’agit de lui montrer ce sur quoi son cœur, son œil glissent chaque jour, sous un angle et avec une vitesse tels qu’il lui paraît le voir et s’en émouvoir pour la première fois.
Voilà bien la seule création permise à la créature.
Car, s’il est vrai que la multitude des regards patine les statues, les lieux communs, chefs-d’œuvre éternels, sont recouverts d’une crasse qui les rend invisibles et cache leur beauté.
Mettez un lieu commun en place, nettoyez-le, frottez-le, éclairez-le de telle sorte qu’il frappe, avec sa jeunesse et avec la même fraîcheur, le même jet qu’il avait à sa source, vous ferez œuvre de poète.
Tout le reste est littérature. »

Jean Cocteau

vendredi, décembre 20, 2013

Les 10 de 2013



1. Paradis : Amour (Seidl)
2. Dans un jardin je suis entré (Mograbi)
3. Chantier A (Sami, Dèche & Loualiche)
4. Jimmy P. (Desplechin)
5. Le Reflux (Bordier)
6. Promised Land (Van Sant)
7. Orléans (Vernier)
8. Paradis : Foi (Seidl)
9. All Is Lost (Chandor)
&  L'Inconnu du lac (Guiraudie)

et voici les 10 de GM :

1. Hams Al Moodun (Kasim Abid)
2. Parabeton - Pier Luigi Nervi und römischer Beton (Heinz Emigholz)
3. Dans un jardin je suis entré (Avi Mograbi)
4. Skurstenis (Laila Pakalnina)
5. Manakamana (Stephanie Spray, Pacho Velez)
6. Pays Barbare (Yervant Gianikian, Angela Ricci Lucchi)
7. Educação sentimental (Júlio Bressane)
8. Eaux profondes (Jean-Claude Rousseau)
9. À propos de Venise (Geschichtsunterricht) (Jean-Marie Straub)
10. Mahjong (João Rui Guerra da Mata, João Pedro Rodrigues)

samedi, octobre 12, 2013

Aux rêveurs

Chers visiteurs, un mot pour vous dire qu'Aux rêveurs, compilation de mes trois derniers courts métrages, vient de sortir en DVD chez L'Harmattan.
(Textes d'Edouard et de Vincent sur ces courts métrages à lire ici et .)


Disponibles aussi, les excellentes productions Triptyque Films suivantes :

Découverte d'un principe en case 3 de Guillaume Massart et Julien Meunier

et

Maàlich de Thomas Jenkoe



dimanche, mars 27, 2011

« Regardons la maîtresse réalité. Et aussi bien que nous le pourrons, sur ce que nous aurons vu, artistes fidèles, scrupuleux observateurs, dessinateurs consciencieux, par des notations exactes autant que nous le pourrons, rapportons, dessinons la réalité maîtresse. » Péguy