Il faut se pincer trois fois en lisant ces propos d’Uli Edel, le réalisateur de La Bande à Baader.
Question (du pigiste du fanzine des UGC) : Votre film laisse entendre que l’Allemagne de l’époque méritait le traitement que Baader lui a infligé…
Edel : Vous me surprenez beaucoup car ce n’est absolument pas ce que j’ai cherché à dire. Cela reviendrait à cautionner des actes criminels. Or, à mes yeux, le recours au terrorisme ne tolère aucune excuse, quand bien même il se mettrait au « service » d’une démocratie en danger.
Quand Edel fera son film sur la résistance aux nazis, il n’oubliera pas, pour être bien certain de faire un film démocrate, de condamner fermement ces inexcusables terroristes qui tuaient des SS.
mercredi, novembre 12, 2008
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5 commentaires:
Car il est entendu que la démocratie est le danger.
Je ne sais pas si vous avez écouté "le masque et la plume" (l'émission doit être encore en ligne sur le site de France-Inter) mais nous avons eu droit à un nouveau commentaire édifiant de Michel Ciment.
Je ne sais même pas si ça mérite encore d'être commenté!!
Ah? Non, je n'ai pas écouté et ne le pourrai pas... Racontez-moi!
En gros, que le film était mauvais (jusque là, nous pouvons le suivre!) parce qu'il ne cherchait pas à comprendre pourquoi seuls les pays ayant connu le fascisme sous différentes formes (Italie, Allemagne, Japon) furent ceux qui virent se développer le terrorisme (ce ne vit jamais le jour sous cette forme en Angleterre, par exemple). Après tout, pourquoi pas! Mais là où ça se gâte, c'est lorsqu'il prétend que les terroristes n'ont fait que reproduire les gestes de la génération précédente (en gros : Baader et sa bande = fascistes, extrême-gauche = extrême droite). Et de faire une fois de plus l'amalgame en affirmant que la haine de l'État d'Israël s'était substitué à un antisémitisme alors interdit...
Sur le site de Baader-Meinhof Komplex, le producteur-scénariste du film (qui est le plus important producteur du cinéma allemand et qui a rassemblé pour ce film les acteurs les plus en vue) est très clair sur ces intentions : montrer la monstruosité des actes de la Rote Armee Fraktion, empêcher toute identification aux personnages, et – puisque les membres de la RAF ont choisi l'action contre la théorie – les priver de discours et les juger sur leurs actes (il dit également avoir simplifié le jargon de l'époque pour rendre les dialogues accessibles aux spectateurs). Les conclusions du procès sont donc rédigées avant la réalisation du film. Il prétend de surcroît (en se basant sur le livre de Stefan Aust faire œuvre d'historien (Stefan Aust a été le rédacteur en chef du Spiegel et est réputé pour l'avoir fait virer à droite : le Spiegel ne titrait-il pas avant l'élection de Sarkozy : "partout ailleurs qu'en France, Sarkozy serait considéré comme centriste."). Le résultat est un film qui nous montre l'histoire comme une successions de faits acquis montés sans transition avec autant d'objectivité qu'un journal télévisé (autant dire comme un clip, pour ne pas ennuyer le spectateur) et sans s'intéresser à montrer autre choses que les clichés habituels sur les années 1960-1970, dans lesquels sont fondus les membres de la bande à Baader réduits à quelques traits de "personnalité" (Baader flambeur macho crétin, Meinhof intellectuelle bourgeoise complexée). Ces personnage n'ont jamais la parole, jamais n'est exposé l'ombre d'une pensée, d'une situation concrète, d'une contradiction (ou toujours dans un seul sens : la réduction des personnages) : tout est fragmenté et ils sont le plus souvent isolés des conséquences de leurs actes (Ulrike Meinhof coincée entre sa télé et sa machine à écrire alors que dehors sautent les bombes). Le seul point de vue développé est donné par le personnage du chef de la police (campé par le si sympathique papy Bruno Ganz, qui avait fait d'Hitler un papy si sympathique dans la Chute du même scénariste-producteur) : il a la violence entre les mains, il dirige la police, il sait que le monde va mal, il comprend l'ennemi, dit que les choses devraient changer si l'on voulait qu'il n'y ait plus de terroristes, mais ce n'est pas son problème, on n'y peut rien, tout ça c'est de la politique (en attendant perfectionnant nos fichiers). Voilà la bonne conscience du film. Quand à l'éventualité que les membres de la RAF aient été assassinés en prison, ce n'est même pas la peine d'en parler.
Bien à vous,
Vynalis
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