J'ai parlé avec Moravia en 1981./Nous étions dans une voiture./Il m'a regardé et m'a dit "Straub, la prochaine guerre sera dans le Golfe."/J'ai dit : "Mais comment ?" Il m'a répondu : "Si/j'ai interviewé divers généraux de l'Otan, allemands et américains/et ils sont en train de préparer, de programmer une guerre du Golfe."/Saddam Hussein a seulement été un prétexte./Le pauvre idiot est tombé dans un piège./Même lorsqu'il a occupé le Koweït/il l'a fait avec la bénédiction américaine./Si la CIA avait poussé Saddam Hussein à faire ce qu'il a fait/pour ensuite pouvoir faire la guerre qu'ils ont fait/cela n'aurait pas été différent./Et l'on pourrait un jour découvrir qu'il en a été exactement ainsi./Au lieu de parler du nouvel Hitler…/Le nouvel Hitler était à Washington./Dans les journaux allemands…/nous étions à Berlin, préparant ce texte sur Antigone/ce texte de Brecht inspiré de Hölderlin/et la réponse que nous pouvions donner à cette situation était celle-là/parce que le Créon de Brecht/est un portrait de George Bush./Mais pendant ce temps/l'on voyait des artistes célèbres/issus du théâtre, des réalisateurs/qui disaient être en faveur de cette guerre/parce que si l'on n'intervenait pas sur le champ…/"Moi, sur mon lit parisien,"/il travaillait à Berlin/mais il était français ou je ne sais plus quoi/il s'appelait Luc Bondy pour citer son nom/"j'allais recevoir un missile jusque dans mon lit à Paris/dans six jours ou six mois ou six ans."/Qu'est-ce que cela signifie ?/Que pour éviter qu'un petit crétin tel que Luc Bondy/metteur en scène célèbre/ou d'autres qui ont réagi ainsi/pour pallier le risque qu'un jour il puisse recevoir/un missile dans son lit/il fallait aller tuer 100.000 personnes au pays de Saddam Hussein ?/Qu'est-ce que cela veut dire ?/On n'a jamais vu cela durant toute l'histoire de l'humanité./Et l'on appelle cela la nouvelle direction du monde/sous George Bush. Avec combien de nations ?/32./Nous étions tous des assassins, des complices./Nous tous. Qu'est-ce que cela veut dire ?/Et puis l'on disait qu'il fallait agir ainsi/parce que lui était non seulement un Hitler/ce qui est une aberration/mais en plus il était fou./Même la pire, la plus fasciste des polices du monde/en Italie comme en Amérique latine/quand un fou s'enferme au quatrième étage d'un immeuble/et dit : "Si vous intervenez, je fais tout sauter"/comme lui qui annonçait/qu'il aurait mis le feu aux puits de pétrole…/Ils le savaient, ils ont pris aussi ce risque./La pire des polices dans ce genre de situation/se serait approchée du monstre fou avec prudence/et aurait tenté de ne pas le pousser à donner suite aux menaces/que lui-même proférait./Au lieu de cela, on a agi de manière cynique./Où en est-on ?/L'information n'existait plus/elle était entre les mains de l'armée américaine./Elle n'existait que sous forme de propagande/et de jeux de science-fiction à la télévision/je ne l'ai pas vu mais on me l'a raconté./Le reste ne passait pas/il n'y avait plus la moindre information/c'était pire que le système de propagande du Dr Goebbels/le ministre de la propagande du nazisme et de Mr Hitler./Nous sommes au-delà désormais./Et là-bas chaque jour sans interruption les B52 modifiés/jetaient depuis trois lieux/l'un à Londres, l'autre en Espagne, le dernier en Arabie saoudite/des bombes. Ce n'est pas possible !/Sans la mémoire du passé l'on ne peut inventer l'utopie du futur./L'utopie du passé fait aussi partie de l'utopie communiste./Si le passé est refoulé et piétiné/on ne peut réaliser le rêve communiste/cela n'est pas possible./Si les Vietnamiens ont pu résister/c'est parce qu'ils avaient une mémoire incroyable/et ils savaient que ce qui se passait à ce moment-là/s'était déjà produit à tel autre moment/de manière différente, mais semblable./Beaucoup s'occupent du présent/parce que l'on ne devrait pas s'occuper du passé./Lorsque l'on a terminé notre premier véritable long métrage/il n'y avait eu que deux films auparavant/l'un de 17min30 et l'autre de moins d'une heure/Le premier, Machorka Muff, sur le réarmement allemand/et la nouvelle soi-disant communauté européenne de défense./Après le maccarthysme et l'interdiction du parti communiste allemand/ils ont réarmé l'Allemagne./Adenauer disait/"Le premier allemand qui serait surpris avec un fusil à la main/sa main devrait pourrir."/Le même Adenauer qui ensuite a été l'artisan/sous la direction des Etats-Unis, tel leur chien ou leur esclave/de la nouvelle armée allemande./Après ce film de 17min30 nous avons fait un film d'une heure/qui raconte l'histoire d'une famille de Cologne/du grand-père au petit-fils/puis nous avons tourné Chronique d'Anna Magdalena Bach/qui en réalité était notre premier projet/mais que nous n'avons pu réaliser que dix ans plus tard/parce que personne ne voulait le produire./Ce film, je l'avais fait pour les paysans de la forêt bavaroise./Puis nous avons tourné un autre court métrage/avant de quitter l'Allemagne./Le premier film que nous avons tourné en Italie/s'appelait Othon/tourné en français par hasard./J'ai dit de ce film qu'il était destiné/aux ouvriers de l'usine Renault à Paris./Evidemment ce sont des provocations./Nous savons désormais que les paysans ne vont pas au cinéma/les ouvriers non plus./En faisant des films désormais on ne peut qu'espérer/qu'ils surprennent certaines personnes/lorsqu'ils sont diffusés à la télévision/comme c'est le cas pour les films allemands/au bout d'un an ou deux./Ils passent d'abord à 23h, puis un peu avant/puis la troisième fois encore, au bout de trois ans./Ils sont vus par des personnes qui ne savent ni qui est Brecht/ni qui sont Pavese, Hölderlin, Kafka/qui sont Schönberg, Straub, et cætera/et qui sont surpris par des produits un peu différents./C'est l'unique raison, l'unique justification/pour laquelle nous continuons encore à travailler./Pas pour le public des cinémas d'art et d'essai/encore moins pour le Cinema Massimo de Turin/où l'on trouve des amis, qui n'ont pas besoin de nos films./Empédocle est à notre avis un film sur le futur des hommes./Je veux dire, ni un film sur le présent, ni un film sur le passé./En partant d'un événement datant de 200 ans/de la prise de conscience d'un type/qui avait un peu plus de nez que les autres/un peu plus de conscience politique/et qui en tant que poète réagissait ainsi./En reprenant cette réflexion 200 ans après/au moment où tout ce que lui pressentait/est hélas arrivé/l'on propose quelque chose qui concerne davantage que le présent/parce qu'il concerne le futur des hommes./Je ne peux te dire plus.
(à suivre)
dimanche, octobre 26, 2008
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