samedi, octobre 25, 2008

"L’argent est le veau d’or" (1/4)

L'argent est le veau d'or./L'argent est la seule chose qui compte/dans cette Europe qui s'étendra jusqu'à l'Oural/qui sera seulement au service du profit/et de la supposée économie de marché/autrement dit/de la concurrence/productrice de barbarie./Nous aurons de la barbarie jusqu'à Moscou, jusqu'à l'Oural/et au-delà./Avec le profit nous apportons la barbarie./Avec notre manière de consommer nous rendons le Tiers-monde/chaque jour plus pauvre./Nous détruisons tout, y compris nous-mêmes./Nous détruisons tout./Nous avons gagné la guerre contre ce que Goebbels nommait/le bolchevisme./Cette guerre/qui a été déclarée par les pays occidentaux en 1917/tout de suite/avant qu'ils n'utilisent Staline/pour résister au nazisme quelque temps, ailleurs./Mais dès que cela s'est terminé, la guerre a recommencé./Par exemple, le premier type de maccarthisme/a été développé par Winston Churchill dans la zone d'occupation anglaise./Il a préféré remettre en fonction de vieux nazis/plutôt que des Allemands sortant de camps de concentration./Il n'avait pas confiance en eux. Même s'ils n'étaient pas communistes./Il préférait les anciens nazis. Je parle de Winston Churchill/avant même McCarthy, avant 1948./Désormais on a gagné la guerre./Et l'Europe que nous aurons est celle de l'économie de marché./Que l'on nomme libéralisme./Qui en réalité produit et apporte l'inverse de la liberté./Même en termes d'expression./Bientôt, au cas où nous ne le sachions pas encore/nous découvrirons qu'il y a moins de liberté d'expression/dans nos pays soi-disant/comment dit-on déjà/démocratiques/qu'il n'y en avait à l'époque du stalinisme./Là-bas aussi on pouvait produire quelque chose/écrire un roman, ou faire un film. Il restait dans une armoire./Ici c'est pareil. Sauf que c'est même pire./Parce qu'à l'époque on savait qu'on luttait contre une idéologie/qui n'était pas polycéphale./L'argent est partout./C'est mille fois pire qu'une lutte contre une idéologie./Fortini l'a dit à sa manière./Il l'a écrit, réécrit, et imprimé très précisément./Il dit : "J'ai grandi, enfant, dans le fascisme autoritaire./Devenu vieux, me voilà dans le fascisme démocratique."/Ce qui est simple est difficile à faire./En ce qui concerne l'utopie communiste/ce n'est pas mon invention, je citais Hölderlin./Ce que Hölderlin développe dans le dernier tiers d'Empédocle/dans le texte qui débute par/"Vous avez depuis longtemps soif d'inhabituel/Et de même que d'un corps malade l'esprit d'Agrigente glisse hors de la vieille ornière/Mettez-le en jeu ! Ce dont vous avez hérité/ce que vous avez gagné/ce que la bouche de vos pères vous a raconté, enseigné/lois et coutumes, noms des aînés/oubliez-les audacieusement et levez, tels des nouveaux-nés/les yeux sur la divine Nature."/Renoncez à tout/et à cela encore, et à cela encore/et puis encore au passé, et puis encore…/Cette utopie communiste est exactement ce que Brecht demandait/ce qui est simple est difficile à faire./C'est l'unique chose qui peut encore sauver la planète/et donc le futur des hommes./Car la planète, comme l'a dit Hölderlin/est le berceau de l'homme./Le jour où nous aurons détruit le berceau, que restera-t-il ?/"Quand l'esprit s'ouvrira à la lumière du ciel/un doux souffle de vie abreuvera le sein/comme pour la première fois./Et les forêts emplies de fruits d'or frémiront/tout comme les sources dans les roches quand la vie du monde vous saisira/et son esprit de paix, comme une berceuse sacrée/tranquillisera votre âme./Alors comme du délice de la beauté d'une aube/le vert de la terre brillera à nouveau pour vous."/Les hommes ont déchaîné quelque chose/qu'ils ne maîtrisent plus/qui, comme disent les Allemands/continue à travailler/telle une lame/que personne ne parvient plus à arrêter/que personne ne tente plus même/d'arrêter/parce que cela signifierait renoncer au mensonge/au profit/à l'exploitation/à la consommation/à la croissance/à la soi-disant croissance infinie./Cela n'existe pas, une croissance infinie./On ne peut exploiter la planète à l'infini./Je crois que nous sommes arrivés au moment où il faudrait/abolir l'argent./Parce que comme je le disais hier soir/s'il y a des entreprises qui pour avoir jeté quelque part/des déchets industriels extrêmement toxiques/paient, lorsqu'ils se font prendre, une contravention/et lorsque par ailleurs ils font un profit/je ne sais combien plus élevé… /Que fait-on ? Nous continuons ainsi ?/A jeter notre merde partout ?/A polluer la mer, l'air, et cætera ?/La terre ?/On fait la même chose pour faire pousser les fruits, et cætera./Ce à quoi j'ai fait appel/en reprenant cette phrase de Hölderlin/à savoir que l'utopie communiste serait le seul moyen, la seule voie d'issue pour…/Mais qui la veut, l'utopie communiste ?/Elle a été tentée/et puis ils n'ont pas voulu./Ils ont préféré se castrer plutôt que s'amplifier./L'utopie communiste n'est pas une chose dans laquelle l'homme s'étouffe lui-même/Non, c'est une chose à laquelle il faut ajouter encore./L'utopie communiste n'est pas complète, n'est pas accomplie/il manque encore./Lisez cet extrait du texte de Hölderlin que j'ai commencé à citer./Voyez comme cela s'élargit, se développe./Comme à cela il faut encore ajouter de l'autre/et ne pas oublier cela, et cela encore/pour parvenir enfin à quelque chose qui pourrait/être une digue de résistance./Pour arriver/à un moyen pour les hommes/de vivre ensemble/de n'être plus une menace les uns pour les autres/une menace pour ce qu'aujourd'hui on nomme l'environnement./Le scandale est qu'elle était programmée.

(à suivre)

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