Entendu sur France Culture, mercredi 25 octobre à midi, dans l'émission d'Arnaud Laporte.
- Peut-être est-ce un cinéma qui s’adresse à des citadins stressés, qui ont besoin de cela pour pouvoir voir enfin des feuilles, entendre des sources, j’ai la chance de pas avoir ce besoin-là parce que je… Voilà, j’ai un contact fréquent avec la campagne, avec les arbres, avec les feuilles, j’ai pas besoin des Straub pour m’emmener à la campagne, je… C’est un peu caricatural, mais c’est aussi un peu de cela qu’il s’agit.
- Le texte flotte. (…) Il y a quelque chose de très aride, pas dans le paysage qui est chatoyant, mais dans le propos, finalement. Parce que ce qui court dans le texte, c’est que les dieux se sont séparés des hommes (…) Là on a l’impression qu’il n’y a ni les dieux, ni l’amour, et à peine les hommes.
- On est quand même mis en mauvaise condition, quand on le voit, parce qu’il y a quand même un court métrage qui précède, volontairement énigmatique et anonyme, qui est quand même assez indéfendable formellement, c’est quand même la reprise d’un même plan, d’une caméra qui passe d’un tag à une centrale électrique, aller/retour, avec un chien qui aboie, cinq ou six fois le même plan, je ne sais plus… Avec ces seuls mots inscrits : « chaise électrique, chambre à gaz », bon… Ça ne nous met pas dans les meilleures conditions pour voir le film.
- « Chaise électrique, chambre à gaz », il s’agit quand même d’un hommage à ces deux jeunes enfants…
- Heureusement qu’il y a un texte à l’entrée du cinéma pour nous expliquer qu’il s’agit de Clichy…
- La répétition d’un même plan ne veut pas forcément dire la répétition de la même chose…
- Ça on ne les a pas attendus pour ça, Antoine, on est en 2006, quand même ! On ne va pas présenter ça aujourd’hui comme si c’était une innovation absolument extraordinaire formellement.
- L’obscénité est certainement ces mots qui viennent !
- L’obscénité, est-ce que ce n’est pas aussi ces gamins qui sont morts dans la chambre à gaz ?
- Eh ben voilà !
- Voilà ! Le lapsus est là !
- Le lapsus est là ! Et le lapsus est dommage.
- Délicat à manipuler. Il fallait quand même signaler parce qu’on subit ça avant la projection de ce film, Ces rencontres avec eux.
jeudi, octobre 26, 2006
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4 commentaires:
Celui qui parle de "la reprise d'un même plan" s'est laissé distraire. Je n'en ferai pas un contre-argument. Mais si le cinéma n'était pas digne d'une certaine précision critique, alors certains se seraient tus.
Je ne comprends pas : pourquoi n'en feriez-vous pas un contre-argument?
Vous avez raison, j’aurais dû réfléchir un peu plus. Finalement je peux peut-être en faire un contre argument.
Si je comprends bien la conversation que vous avez retranscrite dans cette note : deux personnes (au moins) discutent du cinétract qu’elles ont vu au cinéma et que j’ai pu découvrir grâce à vous, dans des conditions sans doute complètement différentes : sur You Tube.
L’une de ces deux personnes émet un jugement très réservé sur le film à partir d’arguments que j’avoue ne pas comprendre : elle s’est sentie « en mauvaise condition pour voir le film » (je comprends pas…le cinétract devait-il jouer le rôle de son canapé ? les pop-corn n’étaient pas assez croustillants, peut-être ?), à cause de ce court « volontairement énigmatique » qui ne prendrait même pas la peine de nous expliquer qu’il s’agit de Clichy (je ne comprends pas non plus… surtout que ce monsieur savait de quoi il retournait. Sans doute aurait-il préféré des images prédigérées par la voix off de PPDA). Mais comme je n’ai effectivement pas vu le cinétract dans les mêmes conditions, (je n’ai aucune raison d’attendre qu’on me livre des pop-corn quand je me connecte sur You Tube) je n’osais pas contrer ces observations.
Néanmoins, une autre partie de ce jugement s’appuie sur le film en lui-même, qui « est quand même assez indéfendable formellement, c’est quand même la reprise d’un même plan, d’une caméra qui passe d’un tag à une centrale électrique, aller/retour, avec un chien qui aboie, cinq ou six fois le même plan, je ne sais plus… Avec ces seuls mots inscrits : « chaise électrique, chambre à gaz », bon… » (Fin de citation). Ces mots ne sont pas les seuls : il y a aussi ceux des tags. Mais je n’ai pas réagi pour ça au départ : j’ai réagi parce que ce n’est pas du tout la reprise d’un même plan.
D’abord il y a des cartons. Ensuite il s’agit de couples de plans (un plan « aller » et un plan « retour » à chaque fois). Il y a effectivement un dispositif de répétition : encore une raison de ne pas m’opposer immédiatement aux dires du pop-corn-canapé-man. Toutefois, n’importe quel spectateur alerté par cet étrange dispositif aurait tendu l’oreille : le chien n’aboie que durant le plan « retour », et accompagne le changement de position effectif de la caméra entre l’aller et le retour. Le son du film semble vouloir dire l’entrée du hors-cadre (je veux dire la caméra) dans le champ de vision du chien qui doit être quelque part sur les côtés. Comment peut-il parler d’un seul et même plan alors que lui-même se plaint d’avoir vu cinq fois le même dispositif ? En réalité, il n’a rien vu du tout, quoi : zéro. Le contre argument ce serait : « votre négligence discrédite votre discours, monsieur pop-corn-canapé. »
Enfin, ce chien qui attire notre attention aboie certes cinq fois dans des intervalles « retour », mais à l’intérieur même de ces intervalles, il aboie de manière irrégulière : c’est flagrant. De là à dire qu’il ne s’agit pas de la reprise d’un seul et même « couple de plans », il n’y a que deux pas, le son direct et les nuages. Il n’y a que deux choses qui se répètent : le couple de mouvements d’appareil et le couple de cadrages (encore que ces mouvements et cadrages sont de fait, tous uniques). Tout le reste est différent. Chaque plan qui a été tourné n’apparaît qu’une fois : je vais peut-être sembler bête mais la première chose qui me vient à l’esprit, c’est que l’approximation de ce monsieur est chiffrable en termes de temps de tournage minimum, et c’est tout simplement un temps de travail, un temps de regard. Ca se respecte.
J’hésitais aussi à en faire un argument, car même en admettant que le film soit vraiment la répétition d’un même plan, il n’y a aucune raison de conclure qu’il est indéfendable formellement. Le temps de montage, de réflexion, ça se respecte aussi. En fait, le cinéma ça se respecte. Pourquoi ce recul du point de vue ? Par où sont passées les victimes ? Pourquoi ouvrir par un mur tagué et fermer par une grille que l’on bouche avec des mots ? Toutes ces questions se posent. La possibilité même de leurs réponses fait de ce film quelque chose de « défendable formellement ». Quant à la répétition, elle a une valeur rituelle et réflexive qui est loin d’être indéfendable. Mais apparemment, ce monsieur veut du neuf, parce qu’ « on est en 2006 ». Je dois avouer que cette phrase m’a sans doute un peu dégoûtée. Je ne pense pas être conservatrice. Mais je ne pense pas non plus que la distinction neuf/vieux se superpose parfaitement à la distinction bon/mauvais. Finalement, ce que veut ce monsieur, c’est du nouveau et dans de bonnes conditions : une rupture tranquille, quoi. Avec des pop-corn, et un peu de rhétorique.
Pardonnez la longueur de ce commentaire. Je suis contente d’avoir rencontré votre blog : je ne fais que le lire depuis hier soir. Merci.
Non seulement vous avez "bien compris" cette conversation, mais vous en avez surtout remarquablement analysé et critiqué le contenu. C'est un travail que je m'étais refusé à faire, par dégoût, par colère, et je suis très content que vous l'ayez fait. Merci à vous.
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